Le coffre à photos de maman

(Cet article est un regroupement et une mise à jour réalisée en 2020 de deux articles publiés en 2014 sur l’ancien pingoo.com)

Je vais vous parler de ma maman.
Depuis quelques années, il m’arrive parfois de penser, l’air de rien, à mon héritage familial.
Je me suis souvent demandé ce qui pouvait faire que je ressemblais à mon défunt père, non pas physiquement, mais dans son comportement, ses choix de vie, etc. Parce que toute ma vie on m’a rabâché avec le fait que je lui ressemblais.

Puis un jour, on m’a dit que je ressemblais à ma mère. Une nouveauté.
J’ai essayé de voir en quoi je pouvais effectivement lui ressembler. Je ne m’étais jamais vraiment posé la question, alors je me suis posé, calmement.

Ça a été une révélation.

Je me suis rendu compte que je suis en fait le portrait craché de ma mère.
Considérant que c’est elle qui m’a élevé, ça n’est pas étonnant, mais je trouve que je suis allé loin dans le mimétisme.

Dans les grandes lignes, je suis politiquement très proche de ma mère, je pense fonctionner comme elle dans mes relations amicales, familiales et amoureuses, mais aussi dans mes choix professionels.

L’envie d’être indépendant, de travailler pour soit même, de me coltiner les mêmes galères avec l’administration qu’elle, quand elle gérait son commerce, l’URSSAF, la TVA, le boulot le week-end, les vacances plus qu’aléatoires. Et puis tout le reste, ma détestation du réveil matin, mon incapacité à économiser, les animaux, la musique, l’art, la photographie, le nu même. Je n’aurais jamais fait autant de photos de meufs à poil si je n’avais pas vu ma mère poser autant.

  • Et puis les détails

– Je me mets régulièrement de la crème Neutrogena sur les mains, ma mère faisait de même, la Neutrogena a une odeur très particulière.
– Je mets le même parfum que ma mère, depuis que j’ai cessé de vivre avec elle (Mûre et Musc de l’Artisan Parfumeur, pour info).
– Je mâche des Stimorol. Je dois être le dernier con à mâcher ça, avec ma mère donc.

Si on y ajoute les conneries héréditaires, du genre l’arthrose, la toux nerveuse, et autres saletés du genre.

Et donc il y a les photos. J’y reviens.

  • Le coffre de maman

Dans ma famille, du côté de ma maman en tout cas, il y a toujours eu une grosse tendance à faire des millions de photos, tout le temps, partout. Et plutôt de belles photos. Je crois comprendre que ma mère a eu dans sa vie beaucoup d’hommes qui aimaient ça, ils avaient du bon matériel et avaient tendance à shooter énormément.

Visuellement, pendant mon enfance, tout ceci se traduisait surtout par des panneaux de photos découpées et collées par ma mère, des assemblages parfois hasardeux pour illustrer sur un seul panneau une année entière, des vacances, ou autre. On trouvait de tout sur ces photos, des portraits, les animaux, des gens tout nus (merci les plages naturistes), des photos d’anniversaire, et j’en passe.
Il y avait par contre une constante, je ne voyais pas de photos de moi très petit ou bébé, ni de photos de famille d’avant ma naissance. Précisons que je suis le plus jeune, que j’ai deux grandes soeurs du côté de ma maman, et qu’elle s’est séparée de mon père à mes 1 an. Je n’avais de fait aucune image mentale de mon père et de ma mère en couple.

En dehors de ça, nous avions quelques albums photo, et j’ai moi même, enfant, commencé très tôt à créer des albums avec mes premiers appareils photos, que j’ai du avoir aux alentours de mes 12 ans. Des photos moches prises par un enfant, mais je me souviens que j’en prenais déjà beaucoup.

Un jour, après un énième déménagement, j’ai découvert chez ma mère un énorme coffre en bois, du genre de ceux qu’on voit dans les films de pirate.
À cette époque, ma mère avait de gros problèmes de santé, et quand j’allais la voir, je n’avais honnêtement pas grand chose à faire. Un jour j’ai décidé d’ouvrir ce coffre.

  • Le choc

Dans cet énorme coffre, des milliers de photos, en vrac, des photos très anciennes de ma famille, de la jeunesse de ma mère, de moi bébé, des mes soeurs toutes petites, et surtout des photos de ma mère et de mon père en couple. Une image que je ne connaissais pas. Ca a été un vrai choc.

Fouiller dans toutes ces photos, dans un désordre absolu, a été un vrai bouleversement dans ma vie, dont l’intensité était amplifiée par le bordel chronologique absolu de ce foutoir.

J’ai découvert ce coffre il y’a des années, et depuis, à chaque fois que je vais chez ma mère, je récupère un certain nombre de photos, que je ramène chez moi pour les scanner. Puis je les ramène la fois d’après, pour les remettre dans le coffre.

Il y en a vraiment des milliers, et à mon rythme, il me faudra encore longtemps avant de tout scanner.

Une année, j’étais là bas en vacances avec des amis, et leur ai proposé de m’aider à faire un peu de tri, ça les amusait. Je leur ai dit « fouillez avec moi dans le coffre, et mettez de côté tout ce que vous trouvez insolite, troublant, chelou, ou beau », il se peut que j’ai ajouté « et mettez moi aussi de côté tous les gens tout nus ».
Nous avons passé une soirée entière sur le sol, à trier, fouiller, et glousser sur des photos complètement improbables et hallucinantes. J’ai adoré ce moment.

J’ai ramené toutes les photos que nous avons sélectionnées, et aujourd’hui encore en les scannant, je ris parfois très fort en voyant celles qui ont attiré leur attention.

Voilà. Aujourd’hui je peux considérer que la photo est ma passion. Et je pense que ce coffre à photo, et tous les photographes que j’ai pu croiser dans mon enfance n’y sont pas pour rien.

Je vous colle quelques photos piochées au hasard. Essentiellement de ma maman et de mes deux soeurs.